| Une stratégie de la patate pour sauver le monde |
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04.06.08 Philippe Madelin Une stratégie de la pomme de terre pourrait nous épargner de nouvelles émeutes de la faim. C’est le pari, très sérieux, de la Food and agriculture organization (FAO), l’organisation mondiale pour l’alimentation de l’ONU, qui n’a pas attendu la Conférence sur la sécurité alimentaire de Rome qui s’achèvera demain. La FAO a décrété 2008 : année de la pomme de terre. Elle désigne ce programme d’une formule lapidaire : le Trésor Caché. Un trésor nutritionnel que des logiques économiques et politiques dissimuleraient. La pomme de terre, c’est un pain du pauvre qui ne nécessite aucune transformation industrielle pour être consommé, contrairement au blé. Son cours a varié ces dernières années. Au plan mondial, le prix de la pomme de terre atteignait en moyenne 300 euros la tonne en janvier 2007. Et à l’échelle de la planète, la production totale se situe aux environs de 300 millions de tonnes par an. La productivité varie quant à elle au regard des capacités locales. Dans les fermes de haute technicité, la production voisine entre 400 à 500 quintaux à l’hectare, contre 80 pour le blé. Pour les exploitations plus sommaires, notamment dans les pays en voie de développement, les rendements sont plus faibles, mais la culture s’adapte sans recourir à des techniques couteuses. Cependant, les caractéristiques de la pomme de terre n’intéressent pas le commerce mondial. Elle y est surtout utilisée pour s'agréger à d'autres ingrédients, comme élément d'appoint. En effet son stockage n'est pas favorable à la production de masse de produits transformés. Ce stockage requiert des bâtiments importants, où la marchandise doit être ventilée directement, à l’abri des périodes de gel. Et il ne doit pas excéder une durée de six mois. La pomme de terre serait ainsi, par principe, d’usage local. Dans les pays riches, les surfaces plantées diminuent régulièrement. En France, en 1892, la surface pour la culture de la pomme de terre atteignait 14 500 km2, elle a été ramenée à 1800 km2. Pour les pays en voie de développement toutefois, la nécessité d’une stratégie de la pomme de terre s’impose, selon les experts de la FAO. Elle seule semble en mesure d’augmenter les cultures vivrières en maintenant des niveaux nutritionnels satisfaisants. Et son faible intérêt pour l’industrie agroalimentaire pourrait protéger les paysans du sud des processus de domination entre pays producteurs et pays consommateurs.
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