| Vue de l’autre côté de la Grande Muraille |
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Semaine du 24 au 31 mars Par Bernard Estrade « Il n’y a qu’un seul mot pour ceux qui veulent nous empêcher de vivre heureux : qu’on les tue ». Sur l’Internet chinois, les manifestants de Lhassa n’ont pas le beau rôle. Alors que les Tibétains sont considérés comme des victimes par la quasi-totalité des médias occidentaux, sur la toile chinoise ce sont, au contraire, des coupables qui doivent être punis. Sévèrement. Ces commentaires ne sont, à l’évidence, que ceux que les autorités ont choisi de laisser passer sur l’internet étroitement contrôle. Ils doivent aussi être mis dans le contexte de la présentation que font les médias chinois des incidents au Tibet : de paisibles Han (chinois ethniques), commerçants ou forces de l’ordre, attaqués et massacrés par des Tibétains enragés. En 1989, les étudiants manifestants sur la place Tienanmen avaient aussi été la cible des campagnes de presse des médias officiels mais une grande majorité des Chinois, notamment à Pékin, s’étaient toujours sentis plus proche d’eux que des autorités. La réaction aux troubles au Tibet est différente : l’opinion publique chinoise s’est rangée derrière le gouvernement et applaudit la manière forte. Le pouvoir en Chine reflète le sentiment nationaliste, voire xénophobe, de la population han qui a une conscience aigue de la grandeur millénaire de sa civilisation et n’a pas oublié les humiliations et l’exploitation imposées par les puissances coloniales au 19ème et 20ème Siècles. La réaction des pays occidentaux aux évènements du Tibet est ressentie dans ce cadre. A moins de six mois de la tenue des Jeux Olympiques dont la Chine attend la confirmation de son lustre retrouvé sur la scène mondiale, elle se trouve accusée alors qu’elle se considère comme une victime Ce nouveau grief s’ajoute à la liste des reproches, à ses yeux infondés, que lui font les pays occidentaux. De la destruction de l’environnement au soutien apporté au Soudan ou à l’Iran en passant par son non respect des droits de l’Homme qu’il s’agisse du traitement des minorités ethniques ou de celui des journalistes, les motifs ne manquent par pour mettre la Chine au banc des accusés. Mais il est facile pour Pékin d’invoquer le double standard des pays occidentaux qui exigent des autres le respect de règles et de principes dont ils se dispensent eux-mêmes. Ce sont en effet les Etats-Unis, loin devant la Chine, qui rejettent dans l’atmosphère le plus de gaz à effet de serre. Et du Moyen Orient à l’Afrique, il est facile de montrer que les dénonciations pour non respect des droits de l’Homme des pays occidentaux sont sélectives et directement liées aux relations qu’ils entretiennent avec les régimes qui les commettent. Des arguments amplement utilisés par les journaux officiels de Pékin. Les Etats n’obéissent pas à des principes mais suivent leurs intérêts, qu’il s’agisse de garantir l’approvisionnement en énergie et en matières premières ou les débouchés commerciaux. La Chine n’est pas une exception. Pour Pékin, les critiques faites par les pays occidentaux ne visent qu’à maintenir un ordre mondial établi à leur profit qui ne reflète plus la réalité du monde au 21ème siècle. La Chine compte 1,3 milliard d’habitants et est déjà la troisième puissance économique mondiale. Ses prévisions de croissance annuelle sont de l’ordre de 5 à 7 pour cent et les projections indiquent qu’à ce rythme, elle dépassera les Etats-Unis en 2025. Les pays occidentaux sont de moins en moins en mesure de contenir l’essor de la Chine et de continuer à imposer leur conception de l’ordre mondial. Persister signifierait choisir de s’engager dans une voie menant à des confrontations et des conflits dont l’issue à long terme ne peut pas être en faveur de l’Occident. Le véritable défi pour les puissances occidentales est de travailler à la recherche d’un nouvel équilibre mondial où la Chine aura la place de grande puissance qu’elle estime, à juste titre, devoir être la sienne. En essayant, bien sûr, de respecter les grands principes, comme la démocratie et les droits de l’homme, qui leur ont si bien servi pour assurer leur suprématie mais qu’ils n’invoquent trop souvent que lorsqu’ils constituent un levier pour leur influence ou leur pouvoir.
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