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Thaïlande : conflit négligé, risques aggravés Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 31 mars au 7 avril
Par Bernard Estrade

Deux bombes dans un hôtel : deux morts et plus d’une douzaine de blessés. Quelques jours plus tard, un dignitaire religieux musulman est arrêté par l’armée. La famille récupère le corps portant des traces de sévères tortures. Le département d’Etat avise les ressortissants américains d’éviter la région et de ne s’y rendre qu’en cas de nécessité absolue...

Ces violences ne se sont pas déroulées dans un pays où elles constituent une constante de l’actualité mais en Thaïlande, plus souvent associée en Occident à une image conjuguée de destination touristique et de dynamisme économique.

Les violences d’origine communautaire sont en train de s’aggraver dans les trois provinces du sud de la Thaïlande où la population est d’ethnie malaise et musulmane, à la différence du reste du pays thaïe et bouddhiste.

Elle s’estime de longue date victime de discrimination ethnique et religieuse et ressent l’autorité de l’état central. 

Traditionnelles et diffuses dans la population, les premières revendications indépendantistes ont été formulées à la fin des années 60.

Elles culminaient dix ans plus tard avec une série d’attentats à la bombe qui avaient touchée la capitale, Bangkok.

Elles devaient quasiment disparaître à la fin des années 90 après l’adoption par les autorités d’une série de mesures socio-économiques accompagnées par une amnistie. 

Le retour au calme dans ces trois provinces -Pattani, Yala et Narathiwat- qui s’étirent entre le golfe de Thaïlande et le détroit de Malacca jusqu’à la Malaisie ne sera que temporaire.

Face à la reprise de la contestation en 2004, le Premier ministre Thaksin Shinawatra choisit la manière forte. Il prend des mesures d’exception et porte à 30.000 les effectifs de l’armée et de la police déployés dans la région. 

Quatre ans plus tard, le bilan des victimes approche 3.000 tués essentiellement dans l’explosion de bombes artisanales et dans des fusillades aveugles.

La minorité bouddhiste d’ethnie thaïe, au premier rang les moines et les fonctionnaires, est prise pour cible ainsi que les écoles, considérées comme le symbole du gouvernement central, qui sont incendiées. 

En réaction, les autorités multiplient rafles et arrestations et ferment les yeux sur la mise en place de milices d’autodéfense dont les exactions accélèrent le cycle violences répressions.

La violence est jusqu’à présent cantonnée dans le sud de la Thaïlande mais les précédents montrent que les rebelles pourraient frapper ailleurs, y compris dans la capitale. 

Lukman B. Lima, le chef de l'Organisation unie de libération de Patani (Pulo) a proposé de son exil en Suède aux autorités thaïlandaises d’organiser un référendum d’autodétermination. C’est, pour lui, « la seule possibilité qu’il reste pour éviter le pire ».

L’offre est restée sans suite. Il n’est d’ailleurs pas certain que le Pulo, qui a déclenché la lutte il y a près de 40 ans, soit en mesure d’imposer ses décisions aux mouvements apparus plus récemment.

Parmi eux, le Groupe des combattants islamiques du Pattani (GMIP), créé par des vétérans d’Afghanistan avec pour objectif la création d’un état islamique indépendant et des responsables du Jemaah Islamiyah, le mouvement indonésien organisateur de l’attentat de Bali (12 octobre 2002) y ont séjourné.

Rien n’indique cependant que les thèses de l’extrémisme islamique jouent un rôle prépondérant dans cette région. Pour l’instant, tout au moins, les revendications de la population restent locales et communautaires. 

Mais, comme ailleurs,  l’incapacité à trouver une solution politique et l’enlisement dans la violence pourrait marginaliser les éléments modérés et radicaliser les revendications avec le risque d’un appel au jihad.

Perspective inquiétante pour la stabilité de la région.

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