| Le prix en trompe l'oeil du baril de pétrole |
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Semaine du 14 au 21 avril Par Bernard Estrade En huit ans, le prix du baril de pétrole brut a été multiplié par quatre. Pour les seuls douze derniers mois, il est passé de 60 dollars à plus de 110. Et personne ne se hasarde à dire quand cette hausse s’arrêtera... Les dirigeants politiques au contraire l’invoquent pour expliquer les difficultés économiques et justifier les augmentations de prix des denrées et des services les plus divers. Quand le coût de l’énergie augmente, tout augmente ? Non, ce n’est pas aussi simple et l’augmentation du pétrole brut n’est pas partout ce qu’elle paraît être. Les cours du pétrole sont en effet calculés en dollars et le dollar, par rapport à l’euro ou aussi au yen, ne vaut plus ce qu’il valait. Si la parité entre la devise américaine et la devise européenne était restée la même ces dix dernières années (en gros 1 pour 1), le prix du baril de but plafonnerait aujourd’hui aux alentours de 57 dollars. Depuis 2001, les prix en dollar du pétrole et de l’or ont progressé de concert, le métal précieux gagnant 239 pour cent et le brut 267 pc. Si le dollar était resté « aussi bon que l’or » --après tout c’est bien comme cela qu’il a été longtemps considéré-- le pétrole aujourd’hui ne vaudrait pas 110 dollars mais 27 ou 28. Un coup d’œil sur les courbes du dollar et du pétrole suffit pour s’apercevoir qu’ils évoluent en sens inverse, la montée de l’un se traduisant par la baisse de l’autre. Ce n’est pas donc le brut qui augmente mais le dollar qui baisse. La demande grandissante des pays comme la Chine et l’Inde, des menaces sur le volume de la production ou des inquiétudes sur le niveau des réserves jouent certes un rôle mais moindre que la perte de confiance dans la monnaie américaine et la politique monétaire de Washington. Les flambées du prix du pétrole en 1973 et 1980 avaient été provoquées par l’embargo pétrolier arabe puis par la révolution iranienne. Aujourd’hui, la véritable question que se posent les opérateurs sur le marché du pétrole, où sont d’autre part apparus de nouveaux spéculateurs, n’est pas la stabilité géopolitique mais le cours du dollar. Et c’est ainsi que commence un cercle vicieux : chaque dollar ajouté au prix du baril accroît d’autant le déficit de la balance commerciale américaine ce qui diminue la valeur du dollar. Pour maintenir leurs revenus, les pays producteurs augmentent leurs prix libellés en dollars. Et ainsi de suite. Le dialogue de sourds entre les Etats-Unis et l’Organisation de pays exportateurs de pétrole l’illustre. Augmentez le volume de la production afin que les prix baissent, demande Washington. Contrôlez le dollar afin que nous puissions maintenir le niveau de nos revenus pétroliers, rétorquent les pays producteurs. La situation des pays producteurs, plus spécialement des pays du Golfe est d’autant plus inconfortable que depuis longtemps ils accumulent des réserves en dollars, que leurs revenus sont essentiellement constitués en devise américaine et que le taux même de leur monnaie est fixé par rapport au billet vert. Le sujet est tabou. Les dirigeants saoudiens, lors d'une rencontre internationale en décembre dernier à Abou Dhabi, n'ont pas souhaité que la faiblesse de la monnaie américaine soit un sujet officiellement mentionné dans l'agenda de leurs discussions. Il n’en a pas été de même le mois dernier à Vienne, lors d'une réunion de l'OPEP. Il est vrai que la chute du dollar se poursuit, entraînée par les baisses des taux d’intérêts américains. Tandis que Washington se montre décidé à stimuler son économie même si cela implique d'exporter ses difficultés financières en nourrissant une inflation mondiale. www.geopolitique.com/be |
