| Les errements de la Maison Blanche pour la Corée du Nord |
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Semaine du 3 au 10 mars Par Bernard Estrade L’orchestre du New York Philarmonic a joué pour la première fois à Pyongyang, la capitale du régime nord-coréen souvent présenté comme le dernier état stalinien de la planète... Ce "contingent" de 400 personnes était le plus important arrivant des Etats-Unis depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. Il comptait l’orchestre au grand complet mais aussi une centaine de journalistes et quelques clients privilégiés qui avaient payé 100,000 dollars par couple. L'idée d’un tel déplacement était inimaginable il y a seulement dix huit mois : la Corée du Nord venait juste de procéder à un essai atomique. La presse américaine a largement couvert le déplacement et le concert du New York Philarmonic les comparant aux précédents historiques qui ont accompagnés les grandes normalisations de la politique étrangère des Etats-Unis : le Boston Symphony à Moscou en 1956 et le Philadelphia Orchestra à Pékin en 1973. Le concert s’est déroulé sans une fausse note, à la différence de la politique américaine vis-à-vis de la Corée du Nord qui n’est pas, elle, à l’abri des couacs. Le processus péniblement engagé piétine. Alors que le délai expirait le 1er janvier, Pyongyang n’a pas toujours remis la liste de ses programmes nucléaires et, si le réacteur de Yongbyon a bien été arrêté, le démontage de son cœur atomique s’est considérablement ralenti. La Corée du Nord estime en effet que les contreparties prévues par l’accord conclu en février 2007 avec la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis le Japon et la Russie n’ont pas été remplies. Un an après, seulement la moitié du million de tonnes de carburant prévu a été livrée et Washington traîne pour supprimer la Corée du Nord de la liste des pays accusés de soutenir le terrorisme. Les Etats-Unis refusent toujours également de déclarer qu’ils n’ont pas d’intention agressive à l’égard de la République démocratique de Corée du Nord et continuent à exiger un changement de régime. Et Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américain, en visite dans la région non seulement n’a jamais envisagée de visiter Pyongyang mais a formellement exclu ne serait-ce que de rencontrer un diplomate nord-coréen. L’un des buts de sa tournée était pourtant de débloquer la situation. Déjà dans le passé une décision intempestive de l’administration américaine avait bloqué les négociations avec la Corée du Nord : Washington avait fait mettre en quarantaine la Banco Delta Asia de Macao, la seule qui permettait à Pyongyang d’avoir accès aux marchés financiers. Les négociations n’avaient repris qu’après que les Etats-Unis ont trouvé le moyen de lever l’embargo touchant les fonds nord-coréens sans perdre complètement la face. Les raisons de ce manque de cohérence sont à rechercher dans les conflits idéologiques au sein de l’administration américaine. Le président Bush, dans un discours fondateur, avait dénoncé « l’axe du mal » constitué par l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord. Aucun dialogue n’était possible avec ces trois pays et une intervention armée contre eux était légitime. L’invasion de l’Irak a montré les limites de l’emploi de la force, fusse-t-elle celle de la toute-puissance américaine. Répéter l’exercice en Corée du Nord apparaissait encore plus aléatoire d’autant qu’entre temps Pyongyang avait procédé à un essai atomique. Restait donc la négociation mais son succès, même imparfait, ne fait pas l’affaire des néo-conservateurs partisans de l’imposition par la force de la volonté américaine qui ont longtemps régné sans partage à la Maison Blanche. D’autant plus que, après la catastrophe irakienne, un succès de la diplomatie en Corée du Nord rendrait plus difficile la justification de l’emploi de la force contre l’Iran et appellerait au contraire à la négociation avec Téhéran.
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