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Les bombes ne gagnent pas les cœurs et les esprits Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 14 au 21 mai
Par Bernard Estrade

Shindand, ouest de l'Afghanistan. Une patrouille américaine tombe dans une embuscade et demande l'intervention de l'aviation pour réduire « les sources des tirs ». Très vite, un bombardier B1 intervient et largue une bombe d'une tonne, les F-15 suivent avec des bombes de 500 kilos. Les porte-parole militaires à Kaboul rendent compte de la mort d'un soldat américain dans un accrochage au cours duquel des dizaines d'insurgés ont été tués...

Quarante huit heures plus tard, les autorités afghanes annoncent que 42 civils, dont des femmes et des enfants ont été tués dans le bombardement aérien et 50 autres blessés. Et ces errements tragiques ne datent pas d'hier.

Le président afghan Hamid Karzaï fait ensuite la leçon aux généraux occidentaux leur expliquant que leur manière de conduire les opérations « poussait à bout la patience du peuple afghan ».

C'est la deuxième fois en moins d'un mois que le président Karzai a délivré un avertissement de ce genre aux forces étrangères qui l'ont installé au pouvoir après en avoir chassé les taliban il y a cinq ans. Des incidents comme celui de Shindand où les forces étrangères sont responsables de la mort de civils afghans continuent pourtant à se produire avec une affligeante régularité.

Selon un décompte établi avec l'agence américaine Associated Press, 250 civils ont été tués en Afghanistan depuis le début de l'année, un peu plus de la moitié par les soldats américains ou ceux de l'Otan – déployés sous la bannière de l'ISAF.

Pour 2006, le bilan faisait état de 834 civils afghans tués, dont 230 du fait des opérations militaires menées par les forces occidentales. Et ces incidents tendent à faire oublier à la population les exactions des Taliban et à leur assurer de facile succès de propagande alors qu'ils reviennent en force en Afghanistan.

La nouvelle doctrine de lutte contre les insurrections lancée avec fanfare l'année dernière par l'armée américaine souligne, comme il se doit, que pour remporter la victoire il est absolument nécessaire de protéger la population civile et de gagner les cœurs et les esprits.

Ce n'est pas un résultat qui peut être obtenu par une armée qui continue à privilégier l'emploi décisif de la force maximale, dont le recours aux bombardements aériens sur des objectifs insuffisamment reconnus ne constitue qu'un exemple.

 

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