| Les actions de Pékin valent double |
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Semaine du 7 au 14 janvier par Bernard Estrade La Chine a pris courant décembre une participation de cinq milliards de dollars dans Morgan Stanley, l’un des principaux établissements financiers américains ébranlés par la crise du crédit provoquée par la déroute des marchés hypothécaires. Une étape historique dont la signification et les conséquences débordent des seuls marchés financiers. Pour la première fois, la part des investissements chinois à l’étranger est supérieure au montant des investissements étrangers en Chine. En 2007, les achats chinois de compagnies étrangères, essentiellement aux Etats-Unis ont dépassé 29 milliards de dollars alors que le montant total des achats étrangers en Chine n’atteignait pas 22 milliards de dollars. Comme la prise de participation dans Morgan Stanley, plus du tiers des investissements chinois en 2007 (13,29 milliards de dollars) ont été concrétisés au cours du dernier trimestre, Pékin exploitant à la perfection l’opportunité offerte par la crise du crédit qui fait vaciller les établissements financiers occidentaux. Leur sauvetage par les fonds chinois n’est pas gratuit. La China Investment Corporation a ainsi obtenu de Morgan Stanley la garantie que les cinq milliards de dollars qu’elle investissait lui rapporterait au moins 9 pour cent par an, soit significativement plus que le taux du marché et un transfert de richesse supplémentaire de l’Ouest vers l’Est. Le coût politique pourrait se révéler plus fondamental encore. D’abord avec la mise en sourdine des dénonciations occidentales du rôle potentiellement dangereux que les fonds d’investissements des pays émergents pourraient jouer sur le marché. Comment continuer à critiquer des institutions qui jouent les sauveurs de Wall Street ? A plus long terme, les établissements financiers qui ont bénéficié de cette aide devront refléter dans leurs structures de direction et de prises de décision la nouvelle répartition de leur capital. Il serait illusoire de penser que leurs grands arbitrages, qui influent directement sur l’économie et le marché, n’en seront pas affectés. En 2007 pour la première fois également, la Chine a vendu, selon les statistiques du Trésor des Etats-Unis, plus de Bons du Trésor américain qu’elle n’en a achetés. La désaffection chinoise, si elle venait à se confirmer, compliquerait la tâche du gouvernement américain qui doit financer un important déficit. Depuis l’arrivée au pouvoir de George W. Bush en 2001, la dette publique des Etats-Unis s’est ainsi accrue de 1.700 milliards $. L’essentiel -1.300 milliards-, selon les estimations du Trésor américain, est détenu par des étrangers et environ le quart (327 milliards) par la Chine. Dans ces conditions, il est difficile pour Washington d’espérer pouvoir dicter à Pékin ses conditions, qu’il s’agisse de la réévaluation du yuan ou du renforcement du blocus de l’Iran. Peut-être au contraire est-il temps de reconnaître à la Chine la place qui est la sienne à la table des puissances mondiales et commencer par inviter Pékin comme membre à part entière du G-8, le groupe des pays les plus industrialisés. Ce sera sans doute la tâche pour la prochaine administration américaine en janvier 2009. Il serait souhaitable que l’Europe – et la France – n’attendent pas jusque là et prennent les devants.
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