| Le singe philippin : ami de George Bush |
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Semaine du 21 au 28 janvier Par Bernard Estrade « J’arrive sur vous. Vous allez exploser dans quelques minutes », ces mots de menace prêtés par le Pentagone à un marin iranien ont failli mettre le feu au Golfe arabo-persique... L’embrasement n’a pas eu lieu mais l’incident a servi de prétexte au Président Georges W. Bush pour dramatiser sa visite dans les pays de la région et les exhorter à s’opposer à l’Iran « avant qu’il ne soit trop tard ». La « menace » émanait en fait d’un Filipino Monkey, un « singe philippin », la dénomination péjorative employée par les marins pour désigner les mauvais plaisants qui perturbent anonymement les communications radio des navires en mer. Ils sévissent depuis que la radio existe et il y en a sur toutes les mers du monde, mais celui-là a failli jouer un rôle historique : le Pentagone a en effet utilisé ses propos en bande sonore d’une vidéo censée montrer des vedettes rapides iraniennes menaçant des navires de guerre américains. Et les médias, qui après l’expérience de l’Irak devraient pourtant avoir eu le temps d’apprendre à se méfier, l’ont reprise à leur compte soulignant les thèses de Washington sur les dangers que l’Iran fait courir au monde. Ce nouveau prétexte tombait d’autant mieux que la menace d’une bombe atomique iranienne devient de plus en plus incertaine. Les services de renseignements américains eux-mêmes ont fait savoir que Téhéran avait renoncé dès 2003 à se doter de l’arme nucléaire. Et l’Agence internationale de l’énergie atomique vient d’annoncer que l’Iran répondrait dans les quatre semaines à toutes les questions qui lui ont été posées concernant ses activités passées dans le domaine nucléaire. Difficile dans ces conditions d’isoler diplomatiquement l’Iran et de faire adopter, notamment par le Conseil de sécurité de l’Onu, les nouvelles sanctions voulues par Washington. Les pays arabes du Golfe prennent également de plus en plus leur distance avec la politique de confrontation avec leur puissant voisin dans laquelle Washington veut les pousser. Le président Bush n’a pu que le constater lors de sa tournée. Bête noire des Etats-Unis, le président iranien Mahmoud Ahmadinejab a même été invité à participer au sommet du Conseil de coopération des pays du Golfe ainsi qu’à se rendre en Arabie Saoudite à l’occasion du pèlerinage. Aux Etats-Unis dans le même temps, des personnalités font entendre leur voix affirmant que « le temps des insultes et des menaces est passé » et que le moment d’engager le contact avec la république islamique est venu. Jusqu’à présent catégoriquement écartée, l’idée du dialogue avec les mollahs fait ainsi peu à peu son chemin et commence à apparaître dans les éditoriaux et commentaires de la presse américaine. Au grand dam des néo conservateurs certes privés de beaucoup de leur crédibilité par le fiasco irakien mais toujours très présents dans l’administration Bush où ils ont toujours l’appui de Dick Cheney, le vice-président. En 1964, un incident dans le Golfe du Tonkin avait servi de prétexte à ceux qui à Washington voulaient que les Etats-Unis interviennent militairement au Vietnam. Quarante ans quatre ans plus tard, l’incident dans le Golfe arabo-persique et la manière dont il est exploité sont étrangement similaires. Georges W. Bush est commandant en chef pour encore un an. Beaucoup de choses peuvent se passer. Raison supplémentaire pour écouter avec réserve les messages alarmistes de la Maison Blanche.
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