| Le procès de l'ex chef de la diplomatie irakienne |
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Le 05.05.08 Bernard Estrade Un procès s'est ouvert à Bagdad : celui de Tarek Aziz, ministre des affaires étrangères de Saddam Hussein, l’affable chrétien qui pendant plus de dix a représenté l’Irak du siège des Nations Unies aux couloirs du Vatican. Détenu depuis cinq ans par les forces américaines, Tarek Aziz répond, avec huit autres personnes, de la mort de 42 personnes, exécutées en 1992 pour marché noir. Membre du Conseil de commandement de la révolution irakienne, sa signature figurerait sur l’ordre d’exécution. Aucune explication particulière n’a été donnée sur la raison pour laquelle ce procès s’ouvre maintenant. Il ne peut cependant se tenir qu’avec l’accord des autorités américaines : ce sont elles qui détiennent dans les prisons de leurs bases militaires les personnalités de l’ancien régime en attente de jugement. Ce procès est le quatrième organisé par le Haut Tribunal mis en place dans l’Irak sous occupation militaire américaine, pour juger les responsables de l’ancien régime. Le premier avait été celui de Saddam Hussein. Condamné à mort, le président irakien a été pendu le 30 décembre 2006. L’exécution a tenu plus du lynchage que du passage de la Justice. Une vidéo clandestine a montré les bourreaux insultant le supplicié jusqu’à ses derniers instants. Pour un autre exécution, quinze jours plus tard, la corde employée était trop longue. La tête de Barzan Ibrahim al-Takriti, chef des services de sécurité et parent de Saddam, a été arrachée du corps. Deux autres peines capitales, à l’encontre d’Awad Hamed al-Bandat, ancien haut magistrat et Taha Yassin Ramadan, ancien vice-président, ont été appliquées sans incident particulier. Trois hauts responsables militaires dont le général Ali Hassan al-Majid, plus connu sous le sinistre surnom gagné lors de la répression contre les Kurdes de « Ali le Chimique », ont été également condamnés à mort en juin dernier. Bien que confirmées par le président Nouri al Maliki, les sentences n’ont pas été exécutées. Sans doute un geste des forces américaines qui courtisent maintenant la minorité sunnite et refusent de remettre les condamnés aux autorités, majoritairement chiites, qui les réclament avec insistance. Les peines ont été prononcées pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre selon le principe qui veut que les dirigeants sont responsables devant la Justice. Certes. Mais ces procès sous occupation étrangère manquent de crédibilité et de légitimité. Surtout au regard de ce qu’est aujourd’hui l’Irak. Sur 26 millions d’Irakiens, plus d’un million ont été tués et quatre millions contraints par la violence à quitter leurs foyers. Le pays est un champ de ruines, les systèmes d’éducation et de santé ne fonctionnent pas, la population dispose de moins d’électricité et d’eau potable qu’avant l’invasion. L’Etat irakien, unitaire et séculier, n’existe plus. Ce qui se dessine dans le chaos d’un gigantesque nettoyage ethnique et religieux est une fédération d’entités potentiellement déstabilisatrice pour l’ensemble de la région. Il n’est plus question que l’Irak d’après Saddam puisse servir d’exemple de démocratie pour le Moyen Orient. Les raisons invoquées pour envahir l’Irak -des armes de destruction massive et des liens avec al-Qaïda- se sont révélées des prétextes. La guerre n’était pas un cas d’autodéfense mais une agression. Plus de 4.000 soldats américains ont été tués, au moins dix fois plus blessés. Au moins 500 milliards de dollars ont été dépensés et l’addition augmente de 12 milliards par mois. La cote de popularité du président George W. Bush est, à 28 pour cent, la plus basse jamais atteinte par un chef de l’exécutif américain depuis 70 ans que Gallup fait des sondages d’opinion. Les Etats-Unis vivent pour encore six mois une campagne électorale passionnée. La question « Qui est responsable pour la situation en Irak » n’y a cependant pas été abordée. Il est peu vraisemblable qu’elle le soit. La formuler apparaît même comme incongrue. Le président George W. Bush à qui un journaliste essayait de la poser s’est en est tirée avec une pirouette : « Ce sera aux livres d’histoire de se prononcer et ni vous ni moi ne seront là » a-t-il répondu. En attendant, les procès de Bagdad ont repris. |
