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Le noir calendrier irakien Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 18 au 25 février
Par Bernard Estrade

Robert Gates, le secrétaire à la Défense, vient d’annoncer que, contrairement aux prévisions, il serait cette année impossible d’abaisser en dessous de 130.000 le nombre de soldats américains en Irak. 

Cet aveu consacre l’échec du Surge. L’escalade décidée en janvier 2007 par le président George W. Bush : 30.000 hommes supplémentaires et une nouvelle tactique permettraient une normalisation suffisante pour pouvoir ramener en six mois en dessous de 100.000 le nombre des soldats américains en Irak.

Si les affrontements ont bien perdu de leur intensité –ils seraient retombés au niveau de 2005-, ce répit n’apparaît que conjoncturel.

Il correspond à un cessez-le-feu décrété unilatéralement par la principale milice chiite et l’armée américaine éprouve des difficultés grandissantes pour contrôler les forces d’autodéfense qu’elle a recrutées et armées au sein de la minorité sunnite rebelle.

L’amélioration est donc toute relative et, contrairement au plan, elle n’a pas créé les conditions des progrès politiques permettant la mise en place d’un gouvernement et d’une administration irakiens capables de prendre en charge le pays. 

Au moins 130.000 soldats américains se trouveront donc toujours en Irak, le 20 janvier 2009, lorsque le président Bush devra passer la main.

La perspective ne doit pas lui déplaire : son successeur aura les mains liées et la politique qu’il a mise en œuvre avec l’invasion de l’Irak en mars 2003 se poursuivra encore quelques mois supplémentaires. 

Le prétexte pour la guerre – les armes de destruction massive - était faux, fabriqué et son but avoué, la mise en place au cœur du Moyen Orient d’un régime démocratique jouant un rôle de phare et d’exemple pour toute la région, une illusion. 

Aujourd’hui, l’Etat irakien n’existe plus, son ossature administrative a été détruite et la structure sociale du pays désintégrée.

Le nombre des victimes civiles dépasserait le million. Tandis que les violences religieuses et ethniques ont contraint près de 4 millions d’Irakiens à quitter leur domicile, la moitié pour s’établir à l’étranger. 

Côté américain, presque 4.000 soldats ont été tués et dix fois plus blessés. Le coût de la guerre a dépassé 690 milliards de dollars. Et la note s’aggrave chaque semaine d’un peu plus de 3,5 milliards de dollars. 

Ce bilan peut être vu d’un autre angle et ces échecs être en fait l’effet recherché d’une stratégie délibérée, en d’autres termes, des succès.

La destruction de l’état en Irak permet en effet aux Etats-Unis de mettre en place les dirigeants de leur choix, disposés à garantir le contrôle politique et la main mise économique qu’ils exercent de facto. 

La présence en Irak des forces américaines s’impose également comme un facteur de stabilisation nécessaire, seule alternative à un vide dangereux.

Elle est ainsi souhaitée par la communauté internationale qui redoute une conflagration dans une région stratégique assurant les deux tiers des besoins mondiaux en pétrole. 

Cette présence militaire permet à Washington non seulement de consolider son influence dans la région, mais aussi de l’étendre vers l’Asie centrale. 

L’Irak est certes en ruines mais cela veut dire qu’il faudra reconstruire et sa solvabilité est garantie par les deuxièmes réserves pétrolières du monde.

Aucun gouvernement irakien futur ne pourra être en mesure d’empêcher que leur exploitation se fasse d’abord au profit des intérêts économiques américains. 

Quant aux sommes colossales englouties en Irak et que Washington finance par le déficit, elles constituent une manne exceptionnelle pour un complexe militaro-industriel qui n’a jamais été aussi prospère.

Dans ce contexte, les pertes civiles ou militaires, irakiennes ou américaines, ne constituent pas un facteur déterminant.

 

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