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Le Kenya, à son tour, en panne d’ordre Version imprimable Suggérer par mail
Du 28 janvier au 4 février
Par Bernard Estrade

Foules vociférantes brandissant coupe-coupe et bâtons, cadavres disloqués au bord des pistes, habitations en flammes... Le Kenya, jusqu’alors carte postale de l’Afrique bien partie, vacille à son tour au bord  de l’abîme des violences tribales et politiques. Une élection présidentielle apparemment volée a suffi pour mettre le feu à la poudre.

Les images du chaos grandissant dans un pays considéré comme un exemple de stabilité et de développement ne doivent pas faire oublier que c’est maintenant l’ensemble de la Corne de l’Afrique qui glisse dans le chaos et les confits. 

Du Soudan au Kenya en passant par la Somalie, cette région stratégique, charnière entre le continent noir et la péninsule arabique et prometteuse en richesses naturelles, s’installe dans l’instabilité. L’ordre mis en place tant bien que mal par les puissances occidentales lors de la décolonisation y a trouvé ses limites.

L’Ethiopie et l’Erythrée sont au bord d’un nouveau conflit après une guerre de tranchées digne du siècle dernier qui a fait au moins 800.000 morts. La communauté internationale ne parvient pas à faire respecter l’accord censé régler le différent frontalier, cause des hostilités entre les deux pays, qu’elle avait pourtant parrainé. 

Meles Zenawi, le premier ministre éthiopien maintenu au pouvoir à l’issue d’élections qui se sont terminées dans un bain de sang, bénéficie en effet de l’appui des Etats-Unis qui y voient un allié dans la « guerre contre la terreur ». Il y a gagné d’avoir les mains libres, non seulement vis-à-vis de l’Erythrée mais aussi des minorités éthiopiennes.

La répression en Ogaden,  dans l’est du pays, une région désertique mais prometteuse en hydrocarbures, frappe surtout les populations civiles et a donné une nouvelle jeunesse au Front national de libération créés il y a plus de vingt cinq ans. 

La politique de Washington vis-à-vis de la Somalie est exemplaire des limites que rencontrent le pays le plus puissant du monde pour imposer ses desseins dans une région reculée considérée comme l’une des plus arriérées de la planète.

En janvier dernier, les Etats-Unis, après des mois d’efforts clandestins inefficaces pour chasser de Mogadiscio  une coalition qu’ils accusent de liens avec le terrorisme islamique, avaient incité l’Ethiopie à intervenir militairement chez leur voisin. 

Mais, même avec l’aide directe à leurs côtés des forces américaines, les militaires éthiopiens ne sont pas parvenus à imposer le gouvernement somalien de transition concocté par des exilés sous l’égide des Nations Unies.

Onze mois plus tard, en décembre dernier, Robert Gates, le secrétaire américain à la défense en tournée dans la région, déclarait publiquement envisager de cesser de soutenir ce gouvernement. 

Washington allait au contraire, au nom de la « lutte contre la terreur » appuyer le Somaliland (le nord de la Somalie) qui a proclamé en 1994 une indépendance qui n’est reconnue par aucun pays au monde.

Cette déclaration qui remet en cause le dogme de l’intangibilité des frontières des états africains et risque d’ouvrir une nouvelle boîte de Pandore, n’a pas été, au moins publiquement, suivie d’effet.

Elle fait en revanche cruellement apparaître autant l’impuissance de Washington que son absence de vision stratégique pour un monde à la recherche d’un nouvel équilibre.

L’invocation quasi rituelle de la « démocratie » -sans jamais d’ailleurs la définir – ne suffit pas. Les images du Kenya glissant dans la violence et le chaos viennent, une nouvelle fois, de le rappeler.

 

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