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Du prochain usage de l'ambassade américaine de Bagdad Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 8 au 15 octobre
Par Bernard Estrade

Au cœur de Bagdad : vingt et un bâtiments répartis sur un peu plus de 40 hectares – la superficie de la Cité du Vatican - dans une boucle du Tigre et derrière des murs anti-souffle dépassant sept mètres de haut. Mille bureaucrates et quatre mille autres employés pour assurer leur vie quotidienne et leur sécurité. L’administration américaine voit grand. La prochaine ambassade des Etats-Unis en Irak sera la plus importante du monde, dix fois plus grande que celle de Pékin.

592 millions de dollars ont été votés par le Congrès pour sa construction mais il est d’ores et déjà acquis que la facture finale sera beaucoup plus élevée. Et ce n’est qu’un début : le département d’Etat prévoit un budget de fonctionnement annuel de l’ordre du milliard de dollars.

Même planifiée dans l’euphorie d’une invasion facile et avant que l’occupation tourne au cauchemar, la taille de l’Ambassade est disproportionnée, sans rapport avec l’importance de l’Irak.

On ne peut que supposer que le président George W. Bush entendait en faire la tête de proue d’un Moyen Orient transformé par ses soins en une région de démocraties idéales conformes aux canons et aux intérêts de Washington. La vision inspirée par les néo-conservateurs n’a pas résisté à l’épreuve de la réalité mais ce qui devait être son symbole et son monument survit.

 Une ambassade est censée être une représentation, une vitrine, le point de l’interaction, de l’échange entre deux Etats, le lieu de rencontres de diplomates représentant leur pays.

Celle des Etats-Unis à Bagdad est conçue comme une citadelle protégeant un monde clos sans contact avec le monde extérieur menaçant et hostile.  


Fort Apache en territoire indien. Même si les Indiens aujourd’hui disposent de mortiers et de roquettes.

Les diplomates américains à Bagdad ne sont autorisés à sortir de leurs bunkers qu’avec casque lourd et gilet pare-balles. Les rares Irakiens qui y sont admis –uniquement sur invitation- n’y pénètrent –dignitaires compris- qu’après de nombreux contrôles et d’humiliantes fouilles. En revanche, tout y fonctionne.

Alors que Bagdad est privé de tout, les diplomates américains disposent de l’électricité, de l’eau, de piscines et de salles de sport et de spectacle, ainsi, bien sur, que de restaurants et magasins bien approvisionnés.Rien ne manque à la caricature: les premiers bâtiments livrés, hors budget et hors délai, se sont révélés inhabitables. 

La First Kuwaiti General Trading & Contracting Co., l’entreprise choisie pour la construction dans des conditions peu claires et non compétitives, est accusée d’utiliser une main d’œuvre recrutée en Egypte, au Pakistan ou ailleurs sans savoir où le chantier se trouve.

Découvrant en débarquant de l’avion qu’ils sont à Bagdad alors qu’ils pensaient arriver à Dubaï, les ouvriers ne peuvent plus partir. Dernière Ironie: le cabinet d’architectes Berger, Devine Yaeger Inc, chargée du projet, a posté les plans sur son site internet, une entorse majeure aux règles élémentaires de sécurité.

L’histoire récente devrait pourtant encourager à plus de prudence. Les Etats-Unis avaient édifié dans le courant des années 1980, à Mogadiscio la capitale somalienne, ce qui était alors leur plus grande ambassade en Afrique. A peine dix ans plus tard, ils l’évacuaient en catastrophe et elle n’est plus aujourd’hui que ruines dévastées.


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