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La ligne Téhéran Caracas à plein régime Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 10 au 17 septembre
Bernard Estrade

Le président vénézuélien Hugo Chavez recevra à Caracas d’ici la fin du mois le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, une très officielle visite d’Etat en forme de pied de nez à Washington. Ce sera la troisième fois depuis son élection en 2005 que le président Ahmadinejad sera reçu au Venezuela. Hugo Chavez était, pour sa part, en juillet dernier en Iran où il avait posé la première pierre d’une usine pétrochimique construite en commun par les deux pays.

Ahmadinejad inaugurera au Venezuela un chantier similaire pour un coût identique : un peu plus de 700 millions de dollars.

Le montant est respectable mais ne constitue qu’une fraction des 8 milliards de dollars que représente le total des accords économiques conclus entre les deux pays, notamment dans le secteur pétrolier. 

Le Venezuela est une démocratie socialiste fortement imprégnée de catholicisme et l’Iran une théocratie islamique révolutionnaire mais les deux régimes –et leurs présidents- partagent avant tout une opposition radicale à ce qu’ils considèrent comme  « l’impérialisme et l’hégémonie » des Etats-Unis.

Les présidents Chavez et Ahmadinejad ont également en commun d’être les deux bêtes noires de l’administration de George W. Bush

Washington appelle au changement de régime à Téhéran, finance les opposants, organise les sanctions internationales et menace d’intervention militaire invoquant des raisons ressemblant à celles qui ont justifié l’invasion de l’Irak

Le Venezuela est pour sa part accusé de mettre en danger la démocratie en Amérique du sud. Et les Etats-Unis, qui ont été jusqu’à soutenir publiquement le coup d’état manqué contre le président Chavez en 2004, continuent à encourager et organiser l’opposition tant intérieure qu’extérieure. 

Mais ni Ahmadinejad ni Chavez, qui bénéficient des confortables rentrées assurées par la hausse du pétrole et, pour l’instant au moins, d’une légitimité et d’un large soutien populaires, n’entendent se laisser faire où même intimider.

Téhéran joue à plein de l’enlisement militaire et politique des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan tout en poursuivant sa politique nucléaire « pacifique ». Caracas s’emploie à organiser la défense de l’Amérique latine « attaquée par les barbares venus ruiner nos anciennes civilisations ». 

Hugo Chavez donne les moyens à sa politique : les dernières statistiques montrent que le Venezuela  a promis cette année 8,8 milliards de dollars en aide directe aux pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Ce montant est plus de deux fois supérieur à celui de l’aide et des prêts consentis par les Etats-Unis à la région (3,3 milliards).

Frappé par un embargo sur les armes américaines, Le Venezuela a cherché et trouvé ailleurs, en Chine et surtout en Russie, les équipements qu’il souhaite : avions de combat mais aussi fusils d’assaut et armes légères visant à armer la population. 

« Je vais acheter 5,000 fusils Dragonov à la Russie, avec viseur télescopique et système infrarouge permettant l’utilisation de nuit », a ainsi annoncé Hugo Chavez à la radio vénézuelienne début septembre.

Le Dragonov est une arme pour tireur d’élite de facture ancienne mais aux qualités éprouvées et il fait actuellement des dégâts parmi les forces américaines en Irak.


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