| La fabrique de la politique étrangère américaine |
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Semaine du 10 au 17 décembre Par Bernard Estrade Le jeudi, l’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies presse ses collègues du Conseil de sécurité d’adopter d’urgence un projet de résolution appuyant l’accord israélo-palestinien intervenu quarante huit heures auparavant lors de la rencontre d’Annapolis organisée par Washington. Le vendredi, son adjoint informe les mêmes ambassadeurs que les Etats-Unis retiraient le texte présenté la veille... La désinvolture de la diplomatie américaine de George W. Bush ne désarçonne pas les Nations Unies et le Conseil de sécurité qui ont du s’y habituer, mais un revirement aussi rapide n’avait jamais encore été vu. Bien que joué à huis clos, les scènes de l’imbroglio ont vite été connus : Israël avait changé sa position. Le gouvernement israélien ne veut à aucun prix que les Nations Unies jouent un rôle dans la recherche d’un règlement au conflit israélo-palestinien. Le tête à tête avec les Palestiniens sous le seul regard des Etats-Unis lui est bien trop favorable pour qu’il en accepte qu’il soit remis en cause. Le projet de résolution soutenant Annapolis pouvait être interprété comme une réintroduction de l’Onu et de la communauté internationale dans le processus, il devait donc être retiré. Et Washington n’avait qu’à s’incliner. Il fallait quand même trouver un coupable. Le rôle est revenu à Zalmay Khalilzad l’ambassadeur américain aux Nations Unies auquel il a été reproché d’avoir agi de son propre chef, sans concertation ni avec Israël ni avec le département d’Etat. « Nous savons très peu de chose » sur le texte, a affirmé Dan Gillerman, l’ambassadeur israélien à l’Onu. « Nous ne sommes pas certains qu’il soit nécessaire d’ajouter quoique ce soit à ce qui a été dit » à Annapolis, a pour sa part ajouté Sean McCormak, le porte-parole du département d’Etat. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne avait pourtant estimé que le projet de résolution américain « était le signal du sérieux des Etats-Unis ». Et l’ambassadeur de France à l’Onu, Jean-Maurice Ripert a en vain réaffirmé que « le soutien de la communauté internationale au processus mis en place à Annapolis est indispensable ». Zalmay Khalilzad, un diplomate confirmé qui a représenté les Etats-Unis à Kaboul et à Bagdad avant d’être nommé aux Nations Unies, n’a pas accepté de porter le chapeau. Il a publiquement démenti avoir agi de sa propre initiative affirmant avoir « très bien coordonné avec Washington » et même parlé avec Mme Rice quelques heures avant de présenter le texte au Conseil. « Les Etats-Unis ne sont pas une république bananière », a ajouté le diplomate, considéré comme l’un des « faucons » de l’administration américaine. L’épisode pittoresque confirme, une fois de plus, que la politique étrangère américaine au Proche Orient ne se fait pas d’abord à Washington. |
