| L’AfPak : un nouveau pays qui promet… |
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Semaine du 7 au 14 avril Par Bernard Estrade « Dans dix ans, lorsque nous regarderons en arrière, je crois que nous dirons que l’AfPak était encore plus important pour notre sécurité que l’Irak ». L’AfPak n’existe bien sûr sur aucune carte. Du moins pas encore. Le nom de cette nouvelle entité, fabriquée à partir de ceux de l’Afghanistan et du Pakistan est une invention de Richard Holbrooke, ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu sous Clinton et « pilote » de la politique étrangère américaine durant le dépeçage de l’ex-Yougoslavie. Holbrooke est une personnalité influente considérée comme un possible secrétaire d’Etat dans l’éventualité d’une future administration démocrate. Il définit l’AfPak comme une région composée du sud-est de l’Afghanistan et du nord-ouest du Pakistan, constituant « le théâtre des deux fronts de la même guerre ». Sur le premier, les taliban ont l’initiative et redoublent d’activité face à une coalition internationale composée de contingents disparates placés sur la défensive. Sur le second, un gouvernement central pakistanais, déstabilisé par la déroute électorale du président Pervez Musharraf, allié des Etats-Unis, apparaît désemparé face à la poussée d’une insurrection islamique extrémiste. Une défaite dans la guerre en AfPak rendrait improbable la survie du gouvernement, déjà bien ébranlé, d’Hamid Karzaï et accroîtrait considérablement les risques de déstabilisation au Pakistan, un état aux institutions fragiles, qui compte 170 millions d’habitants et dispose d’un arsenal nucléaire. Et la guerre en Afghanistan ne va pas très bien : « Ne faites pas d’erreur, l’Otan n’est pas en train de gagner », affirme ainsi le général James Jones, l’ancien commandant suprême des forces de l’Alliance atlantique. Sans originalité, la solution décidée à Washington a été d’accroître l’usage de la force : 3.200 Marines supplémentaires ont été envoyés et des pressions considérables exercées sur les membres de l’Otan pour qu’ils fournissent encore plus de troupes de combat. Dans le même temps, les attaques par les avions armés sans pilote américains de type « Predator » qui opèrent sur le territoire pakistanais à partir d’une base secrète se sont multipliées. Alors même que des analystes au Pentagone se demandent si les conséquences négatives provoquées dans l’opinion par les victimes civiles de ces frappes spectaculaires ne sont pas supérieures à l’avantage recherché dans l’élimination de la « cible à haute valeur ». John Negroponte, le numéro deux du département d’Etat américain s’est précipité à Islamabad pour répéter ce que veut Washington avant même que le gouvernement issu des dernières élections ait été installé. Les nouvelles autorités civiles pakistanaises ont très mal ressenti cette précipitation. Le premier ministre Yousaf Raza Gillani a fait savoir à son interlocuteur américain qu’il « y avait désormais un nouveau shérif en ville » avant d’annoncer qu’il chercherait avec les islamistes une issue négociée. Cette perspective est inacceptable pour les Etats-Unis enfermés dans le concept de « guerre globale contre la terreur » et qui distribue directement en son nom chaque mois une dizaine de millions de dollars à l’armée pakistanaise. Sur un plan opérationnel : les Etats-Unis, avec l’aide inespérée de la France, sont en bonne voie pour obtenir le renforcement des effectifs de l’Otan en Afpak. Ils n’ont pas pour autant élaboré une nouvelle stratégie et résolu le problème fondamental posé par la présence simultanée sur le même front de deux forces américaines sous commandement différent. Sur les 28.000 troupes américaines engagées en Afghanistan, 15.000 opèrent dans le cadre de l’Otan, dont le QG est à Mons en Belgique et 13.000 dans celui d’ « Opération Liberté Immuable » (OEF) qui relève du CentCom américain basé à Tampa en Floride. Pour l’Otan agissant sous mandat de l’Onu, il s’agit de rétablir la stabilité en Afghanistan, pour l'OEF de lutter contre la terreur, deux missions difficilement conciliables génératrices de frictions sur le terrain, y compris entre forces américaines. Cette situation illustre l’absurdité de la politique et de la stratégie suivies alors que Kaboul n’arrive pas à mettre en place ses institutions politiques et administratives, que celles existant à Islamabad sont fragilisées. Au moment où les mouvements islamistes, eux, se renforcent avec le bénéfice des leçons apprises en Irak. Vous avez aimé l’Irak ? Vous allez adorer l’Afpak.
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