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L’affront très mondain du roi Abdallah à la Maison Blanche Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 9 au 16 avril
Par Bernard Estrade

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite a décliné l’invitation du président américain George W. Bush au dîner d’Etat qui devait être organisé en son honneur à la Maison Blanche à l’occasion de sa visite officielle à Washington la semaine prochaine. Le roi Abdallah n’en est pas resté là : clôturant le sommet des chefs d’état arabes à Riyad, il a qualifié la présence militaire américaine en Irak « d’illégitime occupation étrangère à l’ombre de laquelle le sang des frères irakiens est versé » ; un véritable coup de tonnerre diplomatique largement relayée par la presse arabe.

Ce camouflet infligé par le souverain saoudien, à la fois un allié stratégique des Etats-Unis et un ami personnel de la famille Bush, donne la mesure de

l’échec de la politique américaine au Proche-Orient et dans le Golfe. Et il a souligné que l’avenir de la région ne devait pas être façonné par des mains étrangères. La déclaration solennelle a provoqué les protestations étonnées et embarrassées d’un département d’État pris de court par cette condamnation sans appel. 

Peut-être trop confiant dans leurs relations avec la famille royale saoudienne, les Etats-Unis tentent depuis déjà plusieurs mois de l’enrôler avec d’autres pays arabes « modérés » dans une alliance dirigée contre l’Iran,  qui à ce jour tire encore quelques bénéfices de leur catastrophique intervention en Irak. Fidèle au principe « diviser pour régner », Washington voudrait catalyser un front des pays musulmans sunnites contre les dangers d’un « croissant chiite » - largement mythifié - qui s’étendrait de Karachi à Beyrouth en passant par Téhéran.

Outre l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie, cette coalition compterait aussi Israël et la Turquie et, bien évidemment, les Etats-Unis dont l’influence et la présence dans la région se trouveraient ainsi assurées pour tout l’avenir  prévisible.

Il ne semble pas que le roi Abdallah ait été convaincu par cette stratégie : ni par le vice-président Dick Cheney qui a effectué une mystérieuse visite en Arabie saoudite en novembre dernier ni par Condoleezza Rice qui multiplie les tournées dans la région. 

Le vieux souverain a ainsi officiellement reçu en son palais d’Arabie le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que le président syrien Bashar al-Assad, l’autre « bête noire » des Etats-Unis tous deux condamnés  par le président Bush au boycottage diplomatique.

Et, prenant encore le contre-pied de la position américaine dans le conflit palestino-israélien, il est intervenu pour que le Hamas continue à être présent au sein du gouvernement palestinien.

Cest aussi en Arabie saoudite que, cinq ans après les attentats du 11 septembre, les mouvements islamistes fondamentaux actifs en Irak, en Afghanistan ou au Liban trouvent une source pour leur financement .

Les Etats-Unis le savent mais ils ont l'habitude de tolèrer beaucoup de l'Arabie saoudite, leur partenaire obligé au Moyen Orient. Le vieux roi Abdallah pour sa part n'accorde plus grand crédit au locataire en sursis de la Maison Blanche et a saisi l'occasion d'une invitation à dîner pour le faire subtilement savoir.

©www.geopolitique.com/be

 
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