| Du Texas à Dubaï, le sens du déménagement de Halliburton |
|
|
|
Semaine du 19 au 26 mars Par Bernard Estrade David Lesar, le président du conseil d’administration de Halliburton élira sous peu résidence à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis, où la compagnie a décidé de transférer son siège social. Il a expliqué que ce transfert la rapprocherait des marchés d’avenir pour les services à l’industrie pétrolière du Moyen Orient et de l’Asie. Il a fait cette annonce, qui a pris de court tant les milieux financiers que la classe politique américaine, un dimanche et depuis le Golfe. Son service de presse a cependant tenu à préciser que le maire de Houston, siège historique de la société où elle emploie 12,000 personnes, avait été averti peu auparavant par téléphone. De 1995 à 2000, Halliburton avait été dirigée par Dick Cheney qui n’en a abandonné les rênes et après avoir touché 44 millions de dollars que pour devenir le plus puissant vice-président que les Etats-Unis n’aient jamais connu. Depuis, Halliburton - avec Kellogg Brown & Root (KBR) sa filiale spécialisée dans les fournitures de service à l’armée américaine qui doit à terme devenir une compagnie distincte - a connu une croissance exponentielle. En 2006, elle emploie plus de 90,000 personnes et ses revenus ont atteint 22,6 milliards de dollars dégageant un profit de 2,3 milliards de dollars. Compagnie préférée du Pentagone, Halliburton a bénéficié depuis le début de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, de contrats allant de la fourniture de carburants à la construction de bases en passant par le ravitaillement et la nourriture des troupes. Pour la plupart attribués sans appel à la concurrence et selon le principe du « cost + » - le paiement de l’ensemble des dépenses engagées plus une pourcentage forfaitaire, en général 10 pour cent - le montant total de ces contrats, particulièrement rémunérateurs, représente plus de 16 milliards de dollars. Une telle générosité n’a pas été pas sans attirer l’attention sur une compagnie vite devenue un catalyseur des critiques de la manière dont l’administration Bush mène la guerre en Irak et la reconstruction du pays (voir les révélations de www.geopolitique.com du 5 oct. dernier avec un rapport d'audit confidentiel de l'US Army sur la réalité du travail de Halliburton en Irak ). Le mois dernier une enquête de l’administration fédérale a estimé que, entre les gaspillages et les surfacturations, le surcoût des marchés d’Halliburton en Irak imputé au budget américain se montait à 2,7 milliards de dollars. Parmi les dérapages faisant l’objet d’enquêtes officielles figure la facturation à tort au profit de Blackwater, une entreprise de service paramilitaires, de 400 millions de dollars correspondant à des prestations sécuritaires qui auraient du être assurées par l’armé américaine. D’autres agissements de Halliburton ailleurs dans le monde - notamment le versement de pots de vin au Nigeria qui intéresse également la justice française - font également l’objet d’enquêtes de la part des autorités judiciaires et de l’organisme de surveillance des marchés américains. Dans ce contexte, l’annonce du transfert à Dubaï ne peut que nourrir la suspicion : s’agit-il pour Halliburton de se mettre à l’abri d’éventuelles enquêtes du Congrès américain sur les colossaux détournements de fonds liés à l’expédition irakienne ? Ou bien de réduire son imposition aux Etats-Unis ? Ces considérations sont sans doute à prendre en compte. Mais la décision d’Halliburton confirme aussi que le centre de gravité de l’industrie pétrolière se déplace de l’occident vers l’orient où se trouvent à la fois les gisements et les marchés de demain. ©www.geopolitique.com/be |
