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Désamour entre Washington et Ankara Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 15 au 22 octobre
Par Bernard Estrade

L’adoption par la commission des relations étrangères du Congrès américain d’une résolution qualifiant de génocide le massacre en 1915 des Arméniens dans ce qui était alors l’empire Ottoman remet en cause l’alliance stratégique entre les Etats-Unis et la Turquie.

Les huit anciens secrétaires d’Etat américain vivants avaient signé une lettre commune au Congrès mettant en garde contre « le risque » que l’adoption de ce texte ferait courir, selon eux, « aux intérêts de la sécurité nationale »

Robert Gates, le secrétaire à la défense américain, avait enfoncé le clou en rappelant aux élus américains que 70 pour cent du fret aérien et 30 pour cent du carburant destiné aux troupes américaines en Irak transitait par la Turquie. Et que le gouvernement d’Ankara pouvait parfaitement « tourner les robinets ».

 Rien n’y a fait. Le texte a été adopté par 27 voix contre 21 provoquant la condamnation immédiate par le président turc Abdullah Gul d’un vote « sacrifiant les questions véritablement importantes au détriment de jeux subalternes de politique intérieure ».

La défaite infligée à la fois à l’administration Bush et à la Turquie par le vote de la commission du Congrès illustre l’influence des lobbies dans la vie politique de Washington où la poursuite obstinée d’une « cause sacrée » par une minorité peut compromettre l’intérêt général.

L’Assemblée arménienne des Etats-Unis qui revendique 10,000 membres et dispose d’un budget annuel de 3,6 millions de dollars a mené la charge en multipliant les appels et les lettres auprès du Congrès. 

Et les élus savent ce qu’ils ont à perdre : le texte assimilant le massacre des Arméniens à un génocide a été présenté par Adam Schiff, représentant démocrate de Californie du Sud.

Son district contient la plus importante population d’origine arménienne des Etats-Unis. Et il n’a été élu que parce que son prédécesseur avait perdu son siège en raison de son incapacité à faire inscrire à l’ordre du jour un texte similaire. 

L’influence de la communauté arménienne dans un certain nombre de circonscriptions clés notamment dans le New Jersey et le Michigan qui ont élu des représentants démocrates a fait le reste.

Pour ne pas mentionner le rôle de Nancy Pelosi, la présidente du Congrès qui avait co-signé le texte, alors que les Républicains de Bush contrôlaient la majorité.

Le gouvernement turc ne s’était pourtant pas laissé faire. Sa diaspora est moins influente même si elle avait mobilisé les lobbyistes de Washington : deux firmes de premier plan, le groupe Livingston, créé par un ancien élu républicain de Louisiane du même nom et Pipper qui compte dans ses rangs DLARichard Gephardt, ex-chef de la majorité démocrate à la Chambre. Ajoutés au cabinet de communication Fleshman-Hillard. Piper qui compte dans ses rangs Richard Gephardt, ex-chef de la majorité démocrate à

Même rémunérés à un peu plus de 300,000 dollars par mois, leurs efforts ont été insuffisants. Le lobby arménien a fait passer le texte qui, même s’il est endossé par le Congrès en séance plénière, n’aura aucune conséquence pratique. 

Sauf, bien sûr, de provoquer la colère de la Turquie dont les menaces de rétorsion pourraient ne pas rester verbales. A la suite de l’adoption d’un texte similaire par le Parlement français, Ankara avait suspendu tous les contacts militaires avec Paris et gelé tous ses contrats d’armement.

 

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