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Des batailles gagnées, la guerre perdue Version imprimable Suggérer par mail
Semaine du 29 oct. au 5 nov.
Par Bernard Estrade

La route qui mène de Kaboul à Jalalabad a été surnommée « rue de Bagdad ». A cause des attaques suicides à la bombe et des mines artisanales qui marquent la nouvelle et inquiétante escalade des affrontements en Afghanistan.

Il y a six ans, les opérateurs des Forces Spéciales américaines dirigeaient les bombardements « chirurgicaux » de l’aviation, ouvrant la voie aux forces de l’Alliance du Nord qu’ils encadraient et ravitaillaient généreusement. A peine trois semaines plus tard, Kaboul était prise, les talibans en déroute et un homme choisi par Washington bientôt installé au pouvoir.

Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, plastronnait devant les chaînes de télévision du monde entier vantant la révolution dans les affaires militaires à sa manière : une technologie dominante dans les airs et dans l’espace servie par une poignée de spécialistes hautement entraînés sur le terrain.

Le dieu de la guerre était Américain et il n’avait besoin de l’aide de personne pour faire payer le prix à ceux qui avaient osé le défier.

Six ans plus tard, le tableau n’est plus le même : les talibans étendent leur influence dans le sud du pays, frappant jusqu’à Kaboul où les attaques à la bombe se multiplient. Un rapport de l’Onu publié à la mi-octobre, indique que, pour cette année, la moyenne mensuelle des incidents s’établit à 550, contre 425 en 2006.

Selon les décomptes établis à partir des chiffres officiels, le nombre des morts dans les affrontements a, pour la première fois cette année, dépassé 5.000, dont au moins 1.500 de civils, au moins la moitié tués dans les bombardement et opérations des forces étrangères.

Les talibans avaient réduit la culture du pavot. Mais en 2007, la production de l’opium en Afghanistan a dépassé 9.000 tonnes, 93 pour cent de la production mondiale.

Les flux financiers dégagés par le trafic pourrissent les rouages administratifs et politiques du pays et contaminent toute l’Asie centrale.

Le pouvoir de Hamid Karzaï, le président intronisé par la communauté internationale ne dépasse guère les faubourgs de Kaboul.

Cent quatre vingt cinq soldats internationaux ont été tués cette année, dont 85 Américains, pour 90 l’année dernière.

Les quelques 41.000 soldats appartenant à 38 nations, déployés sous l’égide de l’Otan appelée à la rescousse par  les Etats-Unis, ne parviennent pas à contrôler le pays. Au contraire, l’insécurité s’étend. 

La dégradation en Afghanistan ébranle la cohésion de l’Otan qui, sous la pression des Etats-Unis, s’est engagée pour la première fois loin de son théâtre européen. 

Le commandement américain est ouvertement critiqué, y compris par la Grande Bretagne : le premier allié des Etats-Unis a officiellement protesté contre les méthodes des forces américaines et les importantes pertes civiles qu’elles provoquent aliénant la population.

L’administration américaine avait dédaigné les offres de service du monde entier solidaire au lendemain de l’attaque du 11 septembre 2001.

Elle supplie et menace maintenant pour que des contingents étrangers prennent une part encore plus grande aux combats d’une guerre plus incertaine que jamais.

  

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