| Comment Moscou joue de son énergie et de ses tuyaux |
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Semaine du 8 au 15 janvier Le Belarus a capitulé en rase campagne acceptant de payer deux fois plus cher le gaz que lui livre la Russie. Pire encore, il devra aussi céder la moitié de Beltransgaz, le réseau stratégique de gazoducs qui le relie à son voisin et assure le transit vers l’Europe. Pour Vladimir Poutine, le pétrole, le gaz et les tuyaux les amenant aux marchés toujours plus avides et inquiets d’Europe ou d’Asie ont remplacé les divisions blindées et les missiles nucléaires. Il les emploie sans état d’âme pour reconquérir une influence et un statut de grande puissance perdus à la fin de la Guerre Froide. Poutine ne s’en vante pas et il n’aime pas qu’on le rappelle : mais la Russie est devenue le premier producteur mondial d’hydrocarbures devant l’Arabie saoudite. Ses seules exportations de pétrole lui ont rapporté l’année dernière 100 milliards de dollars. Dans cette confrontation d’un nouveau genre, les Etats-Unis, et encore plus une Europe désespérément divisée, se retrouvent contraints à des escarmouches d’arrière-garde, voire à la simple dénonciation plaintive. Le vice-président Dick Cheney a ainsi directement accusé la Russie d’utiliser ses ressources en pétrole et en gaz « pour effrayer et faire chanter ses voisins ». Cela n’a pas empêché Moscou de resserrer son étau sur le Belarus et la Georgie – l’éventualité d’une accession prochaine de ces deux ex-républiques soviétiques à l’Otan n’est plus une question d’actualité. En Asie Centrale, les Etats-Unis ont dû aussi prendre note de leur perte d’influence et revoir leurs ambitions diplomatiques et militaires. Les états de la région, issus de l’ex-URSS, dépendent pour importer ou exporter leur gaz et leur pétrole d’un réseau d’oléoducs et de gazoducs contrôlé par Moscou. Et, la Russie veille à ce que les projets alternatifs qui permettraient de la contourner, que ce soit par l’ouest à travers le Caucase ou par le Sud via l’Afghanistan, ne sortent pas des cartons. L’Union européenne, pour sa part, entendait faire signer à la Russie une Charte pour l’énergie constituant « un partenariat juridique contraignant fondé sur l’intérêt mutuel et équilibré pour le long terme ». L’Europe est en effet avide de certitudes rassurantes : un peu plus du tiers du gaz qu’elle consomme aujourd’hui est importé de Russie. En 2030, ce sera probablement les deux tiers. Vladimir Poutine n’a pas répondu « niet », probablement pour éviter de sonner trop « soviétique », mais il a déclaré que « certains principes devaient être précisés». Du pareil au même. Moscou prend aussi tout son temps pour se prononcer sur le tracé définitif de l’oléoduc destiné à exporter la production du gisement de Taishet en Sibérie occidentale : Tokyo voudrait que ce soit Nakhodka, sur la mer du Japon, Pékin, Daqing à la frontière. Le Kremlin ne fera connaître sa décision que le plus tard possible. En attendant, le Japon et la Chine surenchérissent dans leurs offres de financement. Pour les deux pays l’accès aux ressources énergétiques de la Sibérie est un enjeu stratégique. Le bras armé du Kremlin pour cette confrontation du XXIème siècle est Gazprom. Le géant étatique, dont la suprématie avait été un temps menacée, a retrouvé les moyens de s’assurer du contrôle des compagnies apparues à la faveur de l’écroulement du système économique soviétique. Gazprom a également utilisé des méthodes expéditives pour annuler les accords d’exploitation signés avec les compagnies pétrolières occidentales dans les premières années de l’URSS. Elles se voient, les unes après les autres, ravalées, dans le meilleur des cas, au rang de prestataires de service. Dans le même temps Moscou, invoquant le respect du principe capitaliste de l’égalité dans l’accès au marché, exige de ses partenaires européens de pouvoir prendre le contrôle des réseaux de distribution dans les pays importateurs. Ce verrouillage manque peut-être de subtilité, mais pour s’imposer il est aussi efficace que les armes de naguère. |
