| À quelle adresse loge la population irakienne ? |
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Semaine du 26 mars au 2 avril Par Bernard Estrade Le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) des Nations Unies organise le 17 et 18 avril à Genève une conférence pour sensibiliser la communauté internationale au sort de la population irakienne. Près de 4 millions d’irakiens - sur 26 millions - ont abandonné leur domicile depuis le début de l’invasion américaine, il y a quatre ans... Un peu moins de la moitié d’entre eux, chassés par des déplacements religieux visant à créer des régions homogènes sunnites, chiites et kurdes, demeurent à l’intérieur des frontières de l’Irak, avec les conséquences que l’on connaît (comme le Comité international de la Croix Rouge l’a rappelé). Surtout : 1,8 millions ont fui à l’étranger, dans les pays voisins, selon les données régulièrement mises à jour par le HCR. Leur nombre s’accroît de 50.000 à 70.000 chaque jour. Et ces candidats au départ possèdent bien souvent les compétences les plus indispensables à la reconstruction de l’Irak : médecins, enseignants, ingénieurs et techniciens qualifiés. Le HCR a lancé un appel pour couvrir les besoins créés par cet exode massif : 60 millions de dollars. Ridicule au regard du budget alloué pour mener cette guerre. Selon les chiffrages les plus prudents validés par le bureau d’audit du Congrès, le Pentagone débourse 220 millions de dollars chaque jour en Irak. En 24 heures, il dépense près de cinq fois la somme totale prévue pour venir en aide aux réfugiés. Sur le sol américain, néanmoins, le pouvoir fédéral n’a pas ouvert les bras à ceux que sa politique contraint à l’exil : 466 citoyens irakiens en tout et pour tout ont été autorisés à immigrer aux États-Unis depuis l’invasion en 2003. Et rien n’indique que l’administration républicaine assumera la responsabilité matérielle et morale de cette catastrophe humaines dont elle est l’architecte. Pour 2007, Condoleezza Rice, la secrétaire d’État a promis que 7.000 irakiens seront accueillis sur le sol américain. Une goutte d’eau. Discrète. Comme s’il ne fallait pas encore ajouter au bilan calamiteux de l’invasion et de l’occupation décidées par l’administration du président George W. Bush. Le 15 mars dernier, un groupe de sénateurs américains a sommé Condoleezza Rice de changer de cap sur le sujet. Sans résultat pour le moment. Encore le drame humain des réfugiés et déplacés n’est-il qu’un aspect des conséquences de ce mouvement majeur de population dans une région aux équilibres fragiles. Il n’y avait pas eu autant de réfugiés au Moyen-Orient depuis l’exode provoqué en 1948 par la création de l’Etat d’Israël. L’histoire aurait pu servir de leçon. Ce déplacement des Palestiniens au lendemain de la Seconde guerre mondiale a déstabilisé l’ensemble du Proche et Moyen-Orient jetant les bases d’un conflit qui, près de soixante ans plus tard, ne donne aucun signe de solution prochaine. Actuellement, les réfugiés irakiens se situent dans leur grande majorité en Jordanie et en Syrie mais aussi, par dizaines de milliers, en Turquie, au Koweït, au Liban et en Egypte. Depuis peu, ces pays d’accueil tentent de fermer leurs frontières. Tandis que les autorités irakiennes ont déclaré caducs les passeports délivrés depuis 2003, sans être bien sûr en mesure d'en délivrer de nouveaux autrement qu'au compte-goutte. Incompétence, machiavélisme, ou naïveté ? ©www.geopolitique.com/be |
