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Nawaf Obaid conseiller du prince Turki et contractuel du Pentagone Version imprimable Suggérer par mail

ImageTéléchargez ces 10 pages de correspondance entre Nawaf Obaid et le cabinet du secrétaire à la Défense.


Le 21.12.06 Comme le prouvent les documents mis en ligne aujourd’hui par www.geopolitique.com, Nawaf Obaid a directement travaillé pour le service le plus stratégique du Pentagone entre février 2001 et janvier 2002. Publiquement désavoué ce 2 décembre 2006 par le cabinet du roi Abdallah, Nawaf Obaid a quitté ses fonctions de Conseiller sécurité et énergie de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington, le prince Turki al-Faisal...

Dix jours avant que ce dernier abandonne lui-même sa charge et soit brutalement rappelé à Riyad, ce 13 décembre. Depuis 2002, Nawaf Obaid, consultant pour des sociétés du secteur pétrolier – The Gracia Group, Hess Energy Trading – s’était transformé en lobbyiste au profit d’une faction de la famille royale saoudienne, en direction des médias occidentaux, et en se présentant comme chercheur dans des think tank de Washington et de Riyad.

Sa mise à l’écart a été justifiée par une tribune qu’il a signé dans le Washington Post du 29 novembre, prédisant que l’Arabie Saoudite soutiendrait financièrement les insurgés sunnites en Irak si la communauté chiite s’imposait dans le pays. Plus globalement, elle a sanctionné la campagne d’influence pour laquelle il oeuvrait ces deux derniers mois, assurant qu’il fallait opposer à un futur « croissant chiite » au Moyen-Orient, un « croissant sunnite » très martial. Une analyse un tantinet simpliste pour l’actuel cabinet du roi Abdallah.

Au-delà, la gifle qu’il a essuyée est un indicateur de la volonté de Riyad de remplacer les « Saoudiens de Washington » les plus en vue depuis fin 2001, qui disposaient d’un entregent certain avec les responsables du Pentagone et du département d’État, et qui avaient pu être adoubés par des personnalités néo con proche du lobby pétrolier. Car il ne suffisait pas d’être mandaté par quelques princes pour porter la bonne parole dans la capitale fédérale, encore fallait-il bénéficier d’appuis à l’intérieur de l’administration américaine.   

Or, l’aura de Nawaf Obaid à Washington reposait d’abord sur des recherches sensibles qu’il réalisait pour le département de la Défense, avec l’aval du Prince Turki. Ainsi, après un mémoire de fin d’étude à Harvard, en juillet 1998, consacré à la perception de l’Arabie Saoudite par la communauté américaine du renseignement, puis un ouvrage universitaire sur les 100 premières personnalités du royaume, il avait été sollicité début 2001 pour un travail beaucoup moins académique.

Il s’agissait d’une mission d’évaluation des partenariats pétroliers entre la Chine et l’Arabie Saoudite, pour le compte du très secret Office of Net Assessment (ONA) du Pentagone. Un travail dûment réalisé pour Andrew Marshall en personne, inamovible directeur de l’ONA. Le rapport final avait été remis par Chad Gracia, fondateur et directeur du cabinet new-yorkais The Gracia Group, prestataire habituel des grands groupes énergiques américains, spécialisé sur les ressources pétrolières en Arabie Saoudite, et qui hébergeait pour la circonstance les activités de Nawaf Obaid.

www.geopolitique.com vous propose de télécharger une correspondance entre Nawaf Obaid et Andrew Marshall dans laquelle cette mission est largement détaillée. Concernant le rapport final, remis au Pentagone en janvier 2002, il a été ultérieurement publié dans une version très expurgée sur le site du département « Energy Forum », un centre de recherche fondé par James Baker et rattaché à l’Université de Rice, basée à Houston au Texas.

Comme son nom anodin ne l’indique pas, l’Office of Net Assessment concentre la moelle épinière de la pensée stratégique du Pentagone. Situé au troisième étage du bâtiment, dans une aile réservée aux services directement rattachés au cabinet du Secrétaire à la Défense, il se définit comme le « think tank interne du Pentagone, chargé de concevoir ses grands programmes ». Il emploie une douzaine de conseillers. Voulu par Henry Kissinger et fondé en 1973, il a toujours été – jusqu’à une période très récente – dirigé par Andrew Marshall (85 ans cette année), responsable direct de plusieurs réformes capitales de la doctrine du Pentagone au cours des trente dernières années.  

Nawaf Obaid, instruit à la Kennedy School of Government de Harvard, et élevé par une mère d’origine libanaise établie sur les bords du lac Léman, en Suisse, appartenait dès les années 1997-1999 à cette génération de jeunes saoudiens occidentalisés, diplômés de prestigieuses universités, qui, le cas échéant, étaient susceptibles de servir de missi dominici pour le compte du prince Turki al-Faisal, alors directeur des services de renseignement saoudiens – jusqu’au 9 septembre 2001.

L’importance de certaines personnalités de sa famille au cœur des ambivalences du royaume, le prédestinait-elle, après 2001, à proposer son expertise, notamment sur le marché américain, pour défendre des points de vue avantageux au regard de l’entente politique entre Ryad et Washington à cette période ? Et plus tard à s’afficher aux côtés du nouvel ambassadeur Turki al-Faisal, comme son Conseiller sécurité et énergie ? 

Quoi qu'il en soit, le sens du compromis voulu par l'ambassadeur saoudien et ses interlocuteurs de l'administration républicaine devrait passer de mode avec l'avènement d'une majorité démocrate à Washington. Signe des temps,  Robert Gates avait clairement pris ses distances vis-à-vis de Turki al-Faisal, avant sa nomination comme nouveau secrétaire à la Défense.

Langue du document : anglais.
Identification : signature et mentions manuscrites de Nawaf Obaid.

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Lire aussi notre article : Un ami de Bin Laden aux côtés de l'ambassadeur Turki al-Faisal .

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