| Ce dossier de la coke saoudienne fait trembler Riyad... Et Paris ? |
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Son nom : Nayef Al-Shaalan, gendre du ministre de la Défense saoudien. Le 26 juillet dernier, face aux problèmes de procédure soulevés par son défenseur Jacques Vergès, le Tribunal de Bobigny a décidé de reporter une nouvelle fois le procès de ce gendre du Prince Sultan (l’avocat objecte que le mandat d’arrêt lui a été délivré à une mauvaise adresse). L’examen du dossier a été renvoyé au 29 novembre prochain. L’instruction du juge Alain Cadet le désigne comme l’instigateur de cette livraison de deux tonnes de cocaïne. Selon lui, elle a été réalisée le 16 mai 1999 sur l’aéroport du Bourget, par ce Bœing 727 immatriculé VPBNA et affrété par la compagnie Skyways International, une société d’aviation d’affaires appartenant - au moment des faits - à la Saudi National Commercial Bank (NCB), et connue pour transporter régulièrement les membres de la famille royale saoudienne. Au terme de ses investigations, la Brigade des Stupéfiants explique que les deux tonnes de cocaïne ont été aisément livrées sur le tarmac du Bourget à une équipe de délinquants français, à la barbe des services douaniers, grâce aux facilités offertes par le passeport diplomatique du prince Nayef Al-Shaalan (les complices français ont été reconnus coupables et condamnés en septembre 2003). Sur la base d’une coopération judiciaire menée avec les services antidrogues américains de la DEA, les enquêteurs français ont tenté de reconstituer le schéma global de l’opération. Grâce à une ex-petite amie américaine, Doris Mangeri-Salazar (reconnue coupable pour ce trafic de drogue et condamnée à 24 ans de prison le 26 août 2005 par la Cour de Miami), le prince Al-Shaalan a été mis en relation avec le cartel colombien de Carlos Zapata. Ce dernier et ses lieutenants ont été invités à Riyad par le prince, qui a proposé de mettre à leur disposition des avions saoudiens pour acheminer leur production de cocaïne vers l’Europe. Dans un rapport de synthèse de la DEA, les frères Zapata évoquent les mobiles religieux du prince ; ils rapportent que celui-ci, par cette opération, entendait ouvertement servir la cause de Dieu. Une hypothèse qui laisserait supposer une opération de financement en faveur d’un mouvement islamiste. Sur la base d’une autre coopération, menée par les services judiciaires suisses, les enquêteurs estiment que les recettes financières de ce trafic de drogue étaient destinées à être blanchies par la Kanz Bank, une petite banque privée de Genève fondée par Nayef Al-Shaalan lui-même, et qui a subitement fermé au lendemain des premières arrestations effectuées en France et aux Etats-Unis. Côté helvétique, on estime que cette banque devait blanchir l’argent de la drogue grâce à schéma organisé par un homme d’affaires espagnol spécialiste des marchés de l’art, Jose Maria Clemente. Divers procès-verbaux de l’instruction indiquent que Clemente et Al-Shaalan se sont rencontrés à plusieurs reprises au moment des préparatifs de l’opération. Et, dans le cadre de ce trafic de drogue, Clemente a été arrêté à Barcelone par les services antidrogues espagnols le 11 décembre 2002, qui l’ont inculpé pour blanchiment. Ces éléments factuels rapportés par l’instruction et accusant le prince Al-Shaalan sont rejetés en bloc par Jacques Verges. Selon lui, ils relèvent du « roman », ou du « complot ». Interrogé par geopolitique.com (le 30 août par téléphone), l’avocat du prince Nayef Al-Shaalan déclare « il n’existe aucune preuve que la drogue se trouvait à bord de cet avion ». Un argument qui fait appel à la notion de flagrant délit, fréquemment soulevé dans les affaires de trafic de drogue dès lors que l’instruction se porte sur les commanditaires. L’hypothèse d’un « complot » pour faire condamner le prince Al-Shaalan, pour l’heure, ne semble pas encore corroborée par des éléments factuels. En revanche, des documents démontrent qu’en France plusieurs protagonistes de haut niveau avaient intérêt à protéger le gendre du ministre de la défense. Ainsi, comme vous le découvrirez dans les documents scannés ci-joint, un télégramme diplomatique émanant de l’ambassade de France à Riyad détaille les pressions exercées par la famille royale pour que la procédure n’inquiète pas le prince. De manière explicite, il rapporte que les Al-Saud ont menacé de ne pas signer le faramineux contrat de défense Miksa (SBGDP, pour la sécurité des frontières du royaume) d’un montant de 7 milliards d’Euros, si les policiers français poursuivaient leurs enquêtes sur le prince (ce contrat n’a jamais été signé mais depuis le début de cette année il fait l’objet d’un appel d’offre international qui mobilise l’industrie de défense et l’Elysée). Documents numérisés et à télécharger ici : le télégramme diplomatique de l’ambassade de France, la Commission rogatoire internationale du juge Alain Cadet adressé à la Suisse qui détaille de nombreux aspects opérationnels liés au montage financier, le procès-verbal d’une réunion de travail entre la Brigade des Stupéfiant de Paris et la DEA. Identification des pages du document : cachets, tampons et signatures des différents protagonistes. Langue : français.
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